Réflexion philosophico-narratologique sur l’adultère, en réponse à des commentaires

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Suite aux deux derniers commentaires reçus sur Amazon, qui font écho à quelques avis déjà exprimés par des blogueuses lors du partenariat avec Livraddict, j’avais envie de parler de ce sujet… un peu « non politiquement correct », qui froisse en tout cas la moralité de certaines lectrices (a priori souvent jeunes, d’ailleurs).

Je ne cautionne pas, et encore moins ne fais l’apologie de l’infidélité ! Certes, mes deux héroïnes sont confrontées à la tentation de l’adultère, mais j’allais dire : et alors ? C’est un sujet littéraire comme un autre. La littérature et le cinéma regorgent de livres et de films qui en ont traité, l’Histoire foisonne d’histoires extra-conjugales… et la réalité d’aujourd’hui, aussi. Partout, l’infidélité se glisse, à la télé, dans les magazines, dans la vie des gens autour de chacun… On dit qu’elle est facile, et on le sait (il suffit maintenant d’un clic…). C’est toujours triste, souvent terrible, parfois sordide… De près ou de loin, on y est toujours confronté tôt ou tard, que ça nous touche nous-même, ou que ça touche des amis proches ou des membres de la famille…  Je ne vais pas sortir les stats officielles (… j’imagine les chiffres officieux…), du nombre de gens « ayant déjà trompé leur conjoint ». Là n’est pas le sujet.

Ce qui m’interpelle, c’est le jugement qui est fait d’un livre parce qu’il traite de ce sujet, et qu’on lui enlève des étoiles par empathie (ou « gêne ») pour le « trompé » (qui, par définition, est toujours « l’idiot » de l’histoire, et de tous temps…).

Je cite : « S’il n’y avait pas eu Guillaume j’aurais mis 5 étoiles » (cette lectrice en a mis 3). Et là se pose une question très intéressante littérairement parlant… Admettons : Guillaume n’existe pas, Mathilde est libre comme l’air. Je résume donc l’histoire telle qu’elle se serait alors passée :

– Mathilde reçoit un mail de Cyril.

– Il lui propose de la revoir.

– Elle accepte de suite (elle n’a rien à perdre)

– Ils se retrouvent et (re)tombent amoureux.

Et voilà ! Trop facile, forcément trop court, plat, inintéressant… une petite romance banale « pour midinettes ».

Et pourquoi donc ? Tout simplement, parce que Guillaume est un élément PRIMORDIAL du schéma narratif, parce que grâce à sa présence il y a un enjeu dramatique… des questionnements, des tiraillements, un conflit intérieur qui est un obstacle à la romance… Mathilde lutte et se refuse à tromper son mari. Elle n’est pas « sans scrupules » et (tout à fait) sans valeurs morales : elle est déchirée, comme on peut l’être. Elle a des failles, des aspérités… une personnalité pas trop lisse. D’où le fait que, je pense, l’histoire, plaît, malgré tout, à la plupart des lecteurs(trices). Les plus grandes (et même les plus belles) histoires d’amour dans la littérature et dans le cinéma ne sont pas les plus simples… et sont souvent contrariées par les circonstances. Sinon, il ne se passe rien !

Ca me rappelle quelqu’un qui m’a dit qu’Emma de « L’Embarras du choix » était une S… (pourtant tout n’est que le fruit de son imagination). Madame Bovary et bien d’autres en sont de belles aussi, et quant à ces messieurs… ils ne sont pas en reste. D’ailleurs, je ne saurais trop que conseiller « Son carnet rouge » , recueil de nouvelles de Tatiana de Rosnay qui n’évoquent que ce sujet, qui décidément a fait, fait, et fera couler beaucoup d’encre…

Ces livres ou ces films font écho à une réalité certes bien réelle (alors  oui, ça peut mettre mal à l’aise et faire peur), mais ce ne sont que des histoires… Il faut le prendre comme ça. La littérature, ça donne à réfléchir (je le revendique, et c’est pour cela que je recherche le réalisme), mais c’est aussi fait pour lâcher prise, non ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? Mettez-vous de côté votre « moralité » pour juger de la qualité d’un livre ? Trouvez-vous antipathique un personnage qui n’agit pas comme vous le feriez ? N’hésitez pas à réagir en laissant un commentaire.

Quant à moi, je tiens à rassurer mes lecteurs : il ne sera nullement question d’adultère dans mon prochain roman !!!  😉