Défi logorallye : je vous rends ma copie

En vue d’un prochain concours, et comme j’aime beaucoup les jeux d’écriture que je pratique aussi dans l’atelier que j’anime, j’ai demandé à ceux qui me suivent sur FB de me donner des mots pour cet exercice. Les voici :

bijoux – jonquille – poison – réussite – sérenpidité – ostensiblement – nager – précipiter – sensualité – basaltique – printemps – manipuler – désuet – triste – pourquoi – sempiternelle – s’épanouir – Maverick – Laure – marquis de la Plaine d’Argencourt – Van Gogh – xylophone – Hitler –  obsolète – madame tout le monde – Paris – salmonelles – pirate – Savoie – nystagmus – tarentelle – Albigeois – chromosome dégénéré – superfétatoire – crépuscule – tribologie – mélancolie – esperluette – surveillant de baignade – langouste – encorbellement – quartz – bière – Baudelaire – gracieusement – paradoxe

Ma mission ? Utiliser tous ces mots dans l’ordre. Voici ma modeste production (comme en atelier, pas de retouches) :

Pour cette soirée, elle mit ses plus beaux bijoux et son parfum le plus cher, aux notes de vanille et de jonquille. Elle renonça à porter Poison, car sa superstition naturelle l’enjoignait à ne rien faire qui pourrait compromettre la réussite de ce moment. Il ne fallait que du positif, du beau, de l’élégant. Chaque détail comptait et rien ne devait être laissé au hasard, cela tenait pour elle d’une sérenpidité. Elle se voyait déjà dans sa robe fourreau montrant ostensiblement ses formes parfaites, à nager comme une sirène au milieu des requins. Il ne fallait rien précipiter, juste laisser faire la magie de sa sensualité, et le charme de son sourire aussi permanent qu’un rocher basaltique. Ses trente-cinq printemps étincelants ne manqueraient pas de manipuler cette bande de gens désuets et tristes. C’est pourquoi elle pourrait leur servir ses sempiternelles phrases toutes faites, par lesquelles elle pourrait s’épanouir comme la reine de la soirée.

Quand elle arriva sur les lieux du dîner, quelques hommes étaient déjà attablés à jouer au poker, comme sortis de Maverick. Laure, la maîtresse de maison, l’accueillit avec l’hypocrisie chère à son rang, au bras de son mari, très digne et le menton relevé, comme par fidélité à ses racines nobles. Ne disait-on pas qu’il avait pour lointain aïeul le marquis de la Plaine d’Argencourt ? Au mur, les tableaux souhaitaient en mettre plein la vue. Le faux Van Gogh se voulait être authentique. Ils avaient beau être de riche lignée, ils n’avaient jamais eu les moyens de se payer une quelconque œuvre d’art. Le xylophone sans son n’avait pas plus de valeur que les tableaux ratés d’Hitler dans sa jeunesse. L’ensemble puait de vieilleries dont le caractère obsolète n’était plus à prouver. Cela se voulait authentique, ce n’étaient que les reliques d’une madame tout le monde à particule, dont le tout Paris se moquait à couvert.

Avant de passer à table dans la salle à manger, les invités furent alors surpris par des serveurs déguisés armés de plateaux où se disputaient verrines et petits fours, sous des « Ah » de contentement. Notre héroïne tria avec soin ce qui lui semblait digeste de ce qui ne l’était pas. Elle avait toujours en horreur les aliments pouvant renfermer quelques salmonelles, rapport à une triste expérience dans son enfance. Un serveur pirate lui mit une flûte à la main, et elle trinqua avec le premier venu, un homme se disant fraîchement arrivé de Savoie, au nystagmus impressionnant. Elle eut grand mal à le regarder normalement, surtout quand il lui promit de lui faire danser la tarentelle lors du bal qui s’ensuivrait. Elle abandonna donc le Savoyard au profit d’un Albigeois, scientifique de son état, qui discourait sur les divers symptômes que subissaient les porteurs d’un chromosome dégénéré, avec force détails, tous plus superfétatoires les uns que les autres. Quel ennui ! Son regard s’égara un instant vers la fenêtre s’ouvrant sur les lueurs d’un crépuscule prometteur. Les envolées lyriques d’un expert en tribologie achevèrent de la plonger dans une étrange mélancolie.

Heureusement, ils se mirent à table. Un vrai soulagement. Mais quand les emplois de l’esperluette sur les devantures de boutiques furent largement détaillés par un surveillant de baignade, elle ne vit qu’une issue : se concentrer sur la langouste dans son assiette, tout en admirant l’architecture à encorbellements de la pièce. Un chercheur d’or frustré qui n’avait mis la main que sur du quartz se fit particulièrement remarquer quand il demanda qu’on lui servît une bière. Elle lui trouva tout à coup de l’intérêt, bien plus qu’à tous les autres. Il se dit fan de Baudelaire et fut mis au défi d’en réciter quelques vers. Il déroula trois poèmes entiers sans fléchir. Elle roula gracieusement une boucle de cheveux en l’écoutant, charmée, ayant même oublié à quel point cette soirée était un raté total au regard de ses attentes. Cette étrange galerie de personnages, pédants ou illuminés, au lieu de l’irriter avait fini par la divertir au point d’en avoir oublié sa mission, raison de sa présence ici. Quel paradoxe ! ne manquera-t-elle pas de penser le lendemain à son réveil.

 

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